Le fond de l'armoire (suite...)

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Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Pimousse le Mer 28 Avr - 0:55

Dans un post récent, je vous avais fait part de mes découvertes en déplaçant une armoire chez mes parents (le post est ICI).

J'avais conclu par cette phrase «J'ai quand même demandé à ma petite maman de chercher un peu plus. Si porte carte il y a, il doit bien y avoir ce qui va avec»
Un pressentiment ?
Même pas, de vieux souvenirs d'enfant qui me rappelaient qu'il manquait quelque chose à mon bonheur.

Je m'excuse pour la longueur de ce post, mais je ne pouvais pas raccourcir l'histoire.

Je vais donc vous raconter le plus brièvement possible la vie de deux frères, Antoine et Henri.

Antoine nait le 12 octobre 1893 à Saint Etienne et Henri le 9 mars 1895. Plus tard, deux petites filles les rejoindront, Claudia et Antoinette ma grand mère.

Fils de Joseph Reynard, boucher place Chavannel à Saint Etienne pour ceux qui connaissent la ville (Je suis le seul restant de la famille et j'ai mis un terme à 5 générations de bouchers).

Enfance aisée pour l'époque, vie toute tracée, sans soucis hors mis le travail.


La belle vie avec leurs deux soeurs et leurs amies


Et puis patatra … L'Archiduc d'Autriche assassiné à Sarajevo, Appât du gain pour les familles Wendel, Krups et consorts, positionnées de chaque cotés de la frontière mais qui se retrouvaient tous à la même table pour les repas de fin d'année pour faire le point sur la bonne marche de leur entreprise.

On connait la suite …

Le 1er août 1914 en pleine moisson, on les a appelé et incorporé au 38ème régiment d'infanterie de Saint Etienne.

Comme les blés, le sergent Antoine Reynard fut fauché le 22 août 1914 pendant la bataille de Lorraine à Sarrebourg. Il décèdera de ses blessures en territoire allemand à l'hôpital militaire de Strasbourg.

Il n'aura pas connu la tenue bleu azur et n'aura porté que le pantalon rouge. Il avait 21 ans.

Quelques photos du sergent Reynard

En blanc à droite


En haut au milieu avec le calot, à coté du soldat qui tient une fourche


Au deuxième rang, debout, complètement à gauche


Plein centre


Son acte de décès



Presque 2 ans plus tard, le lundi 21 février 1916 vers 7 heures, un obus de 380 mm explose dans la cour du palais épiscopal de Verdun. C’est le début de l'opération baptisée Gericht (tribunal) par les Allemands .
Elle durera dix mois et fera plus de 300 000 morts et 500 000 blessés. (Personne ne connait les chiffres officiels, on parle de 700 000 morts)

Au début de la bataille les effectifs français étaient de 150 000 hommes. En avril, ils s'élèvent à 525 000 hommes. Cette concentration humaine sur une si faible surface pourrait expliquer dans une certaine mesure le bain de sang que constitue Verdun. Cependant, les Allemands étant arrêtés, Joffre veut quelqu’un de plus offensif. Il nomme Pétain chef du Groupe d’Armées Centre et Nivelle à Verdun.

(bien triste personnage que ce Nivelle. Il sera le responsable des 200 000 morts coté français lors de la bataille «du chemin de dames». 30 000 tués rien que pour la semaine du 16 au 25 avril 1917)

Ce dernier charge le général Mangin de reprendre le fort de Douaumont. La bataille s’engage par six jours de pilonnage du fort par les Français. L’infanterie prend pied sur le fort le 22 mai, mais en est chassée le 24.

Durant ce temps, 10 000 Français tombent pour garder la cote 304 où les Allemands sont accrochés sur les pentes.



Extrait de la bataille de la cote 304, texte tiré de «La grande guerre vécue, racontée, illustrée par les Combattants, Aristide Quillet, 1922»
___________________________________________________________
La cote 304 était pour ainsi dire prise. Toutes les premières lignes de mars appartenaient aux Boches, ainsi qu'une partie de nos secondes lignes. Chattancourt abritait désormais les postes de secours des bataillons d'active, alors que, trois semaines plus tôt, c'étaient les territoriaux qui s'y trouvaient en position de soutien.

Le 23 mai, les 150e et 161e régiments d'infanterie tentèrent vainement de réduire un saillant que les boches possédaient dans nos lignes.
Le 24, nouvelle tentative, couronnée de succès cette fois.
Le 25, martèlement ininterrompu de tout le front de la division par les Allemands.

Ce bombardement continua et s'amplifia le 26, le 27, le 28 et le 29. Une grosse attaque s'apprêtait.

A coup sûr, les Allemands voulaient enlever la ligne de défense de Chattancourt.

Le 29, à 14 heures, l'offensive attendue se déclencha. Et, comme on le prévoyait, l'effort de l'ennemi porta surtout sur le 154e régiment d'infanterie, qui se trouvait à Chattancourt, et sur le 155e, qui tenait Cumières.
Une telle fumée stagnait sur ce coin du secteur que les éléments du 15e régiment d'infanterie, qui n'étaient pas à plus de cent mètres à gauche du 154e, ne distinguaient rien de ce qui se déroulait à côté d'eux.
Mais ils le connurent bientôt, quand la sonnerie du « garde a vous » retentit pour leur enjoindre d'entrer dans la danse. Ne croyez pas que j'exagère. Dans la guerre de tranchées, c'est la seule fois où, au 32e Corps d'Armée, on a vu un régiment s'élancer à la bataille au son des clairons.
Soudain, les boches s'arrêtèrent et un répit se produisit. Pourquoi? On ne l'a jamais su. Cependant, l'ennemi n'avait réussi a s'emparer que de très peu de terrain. A coup sûr, les objectifs qui avaient été assignés n'étaient pas atteints. Craignèrent-ils une contre-attaque?

Hélas ! Il ne restait plus grand'chose des 154e, 155e et 150e régiments d'infanterie. Ah! l'on n'était pas fier à Chattancourt, en ce temps-la !

___________________________________________________________



C'est le 29 mai, sur la cote 304 près du Mort-Homme que tombera le 2ème classe Henri Reynard à 21 ans, comme si il avait voulu être jumeau dans la mort avec son ainé. Il avait été transféré au 155ème d'infanterie, le 38ème ayant été décimé.

Sa dernière carte postale du 10 mars 1916



L'avis de décès de la Mairie de Saint Etienne. Avis de décès qui comme le document des armées m'a retardé dans mes recherches. Il est notifié 255ème alors qu'il avait été incorporé dans le 155ème.


Des photos de l'enfer "cote 304"




Tout cette histoire pour en arrivé à ce qui vous intéresse, les montres.

Voilà leur deux goussets respectifs, je ne peut pas dire si le Longines appartenait à Antoine ou à Henri et vis et versa.
C'est tout ce qu'il me reste d'eux. Deux montres, leurs plaques militaires et ces quelques photos.



Les photos ne sont pas terribles. J'en ferais de meilleurs lorsqu'elles reviendront de révision. Le chrono Longines à colonne ne fonctionne pas, malgré le bon état apparent de son mouvement. Le gousset sans marque fonctionne parfaitement. Je l'ai remonté, le mouvement ne démarrait pas. J'ai alors ouvert le boitier et légèrement pousser le balancier avec un cure-dent. Il est reparti comme en 14, ce qui est un peu normal pour une montre qui s'était arrêté cette année là.







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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Invité le Mer 28 Avr - 1:05

Merci pour ce post, le récit de plusieurs vies et les photos de ces deux objets plein d'histoire.

La Longines est superbe.

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Invité le Mer 28 Avr - 1:07

Toujours émouvant ce type de récit.

Lionel

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par awala le Mer 28 Avr - 1:13

un vrai travail de généalogie pour finir avec 2 beaux goussets chargés d'histoire personnelle comme conclusion
merci

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Invité le Mer 28 Avr - 6:58

micromeca a écrit:Toujours émouvant ce type de récit.

Lionel

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Diver_Nico le Mer 28 Avr - 10:11

Merci pour cette tranche de vie, cette Histoire.

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Invité le Mer 28 Avr - 10:12

superbe ... une larme à l'oeil !! :right:

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par benc le Mer 28 Avr - 10:53

J'ai été très ému par ton récit Pimousse qui replace les hommes au cœur de l'Histoire. Les documents que nous montres sont précieux, merci de les partager avec nous.

Le chrono Longines est magnifique, j'attends son retour de révision avec impatience !

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par BarbuPirate le Mer 28 Avr - 11:48

Merci ne nous faire partager cette histoire très émouvante.
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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Jean-Michel le Mer 28 Avr - 12:00

merci pour ce récit historique et émouvant

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Invité le Mer 28 Avr - 13:07

Bonjour,
Il s'agit d'un calibre 19.73N sorti d'usine le 15/03/1918, pour Perusset, l'agent Longines pour la France.
Sur un total de 240 mouvements assemblés à cette date, Perusset en a acheté 55 dont 25 étaient des mouvements seuls. Et cette montre fait partie des mouvement seuls (vendus avec le cadran).
La France s'est chargée de construire les boites de ces 25 piéces.
bernard

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Pimousse le Mer 28 Avr - 13:22

longines a écrit:Bonjour,
Il s'agit d'un calibre 19.73N sorti d'usine le 15/03/1918, pour Perusset, l'agent Longines pour la France.
Sur un total de 240 mouvements assemblés à cette date, Perusset en a acheté 55 dont 25 étaient des mouvements seuls. Et cette montre fait partie des mouvement seuls (vendus avec le cadran).
La France s'est chargée de construire les boites de ces 25 piéces.
bernard

Ca va pas coller alors, si il est sorti en 1918 !!!

J'ai un autre gousset en argent Omega, ca doit être celui la alors.

Merci beaucoup pour les infos. Et merci à Titus (Patrick) pour avoir transmis les infos.

Quand tu dis "La France s'est chargé de construire les boites" Longines France ? Parce que la boite à le même N° de série et est gravée Longines.

J'avais quand même un doute sur le Longines avec son N° de série en 29 XXX XXX.
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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Invité le Mer 28 Avr - 16:21

Quand tu dis "La France s'est chargé de construire les boites" Longines France ? Parce que la boite à le même N° de série et est gravée Longines.

J'avais quand même un doute sur le Longines avec son N° de série en 29 XXX XXX.[/quote]

Ce n'était pas encore Longines France. Mais Perusset (en tant qu'agent général Longines) avait le droit de graver le numéro dans les boites.

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par logan le Mer 28 Avr - 16:41

Très belle histoire !!!!

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Pimousse le Mer 28 Avr - 16:50

longines a écrit:Quand tu dis "La France s'est chargé de construire les boites" Longines France ? Parce que la boite à le même N° de série et est gravée Longines.

J'avais quand même un doute sur le Longines avec son N° de série en 29 XXX XXX.

Ce n'était pas encore Longines France. Mais Perusset (en tant qu'agent général Longines) avait le droit de graver le numéro dans les boites.[/quote]

Merci pour toutes ces infos.

Vous avez des archives de registres incroyables chez Longines, je ne sais pas si une autre maison possède les mêmes Shocked

Bon maintenant il faut que je modifie le post et remplace le Longines par l'Omega.
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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Invité le Mer 28 Avr - 19:37

Merci pour ce très beau partage. :japon:

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Fabrice le Mer 28 Avr - 19:51

une histoire émouvante et deux belles montres!

le chrono Longines est magnifique!

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Lautrec le Mer 28 Avr - 19:51

Pimousse... merci pour ce très beau post.
J'avoue, déformation professionelle, m'être intéressé un peu plus aux photos et à cette histoire.

Mille mercis :japon:
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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par Pimousse le Mer 28 Avr - 22:12

Lautrec a écrit:Pimousse... merci pour ce très beau post.
J'avoue, déformation professionelle, m'être intéressé un peu plus aux photos et à cette histoire.

Mille mercis :japon:

Pendant longtemps je me suis passionné pour cette période. Ce sont ma grande tante et ma grand mère qui, s'occupant beaucoup de moi quand j'étais gamin, m'ont souvent raconté des histoires sur leurs deux frères.

En plus, toutes les années, on avait droit à la diffusion des «croix de bois» de Roland Dorgeles. On regardait ca religieusement les après midi de 11 novembre pluvieux.

Et puis à force de lire des articles sur la grande guerre tu tombes forcément sur des articles qui n'étaient pas autorisés à l'époque et qui ressortent au fil du temps.

Alors je sais bien que sur MDP il ne faut pas faire de politique. Mais les protagonistes étant tous morts, je considère cela comme de l'histoire.

Voilà un article, qui vous fera comprendre les buts réels de cette gigantesque boucherie. Tous les faits contenu dans ce passage sont confirmés dans de nombreuses revues d'histoire.

J'aimerais donc qu'un jour, on ne présente plus la guerre de 14-18 comme un acte héroïque de patriotisme face à l'envahisseur aux pieds fourchus. Mais plutôt comme un immense gâchis, mis en place par une bande d'irresponsables à la botte de gens cupides.

Une fois que vous aurez lu l'article. Repensez au «Chemin des Dames» où ce fumier de Nivelle fit tuer 17 000 hommes par jour pendant 20 jours.

En juillet 1914, la France était la première puissance mondiale. Le 11 novembre 1918 à 5h15 du matin elle commencera sa longue descente aux enfers.


Bonne lecture à tous.



__________________________________________________________
La face cachée de la « GRANDE » guerre



Nous savons à quoi nous en tenir sur les politiciens véreux qui pactisent avec l'ennemi pendant les hostilités même. Dans sa remarquable étude sur le pacifisme intégral, Jean Gauchon décrit parfaitement ces périodes troubles, ces marchandages abjects perpétrés, loin des canons, par ceux qui fortifient ou construisent leurs fortunes en alimentant les charniers.


Ainsi, en 1914 :


Les marchands de canons, dont les principaux étaient Schneider en France et Krupp en Allemagne, étaient étroitement unis en une sorte de trust international dont le but secret était d'accroître l'immense fortune de ses membres en augmentant la production de guerre, de part et d'autre de la frontière.


A cet effet, ils disposaient de moyens puissants pour semer la panique parmi la population des deux pays, afin de persuader chacune que l'autre n'avait qu'un but : l'attaquer.


De nombreux journalistes, des parlementaires, étaient grassement rétribués par eux pour remplir ce rôle. D'ailleurs, un important munitionnaire français, de Wendel, député de surcroît, avait pour cousin un autre munitionnaire, allemand. Von Wendel, siégeant au Reichstag. Ils étaient aux premières loges, dans chaque pays, pour acheter les consciences et faire entendre leurs cris d'alarme patriotiques.


Tout ce joli monde - marchands de canons, journalistes et parlementaires - parvint aisément à lancer les deux peuples dans une folle course aux armements que rien ne devait plus arrêter, jusqu'à ta guerre.


Leurs Chefs d'Etat respectifs, loin de les freiner, les encourageaient. Et notamment notre Président de la République, Raymond Poincaré, un Lorrain, élevé dans l'idée de revanche et prêt à n'importe quel mensonge, à n'importe quel forfait, pour reconquérir l'Alsace et la Lorraine.


C'est pour ces différents motifs que les soldats allemands et français allaient s'entr'égorger.

On leur avait appris à se haïr, alors que les munitionnaires et les états-majors, fraternellement unis, suivaient avec satisfaction, à l'arrière, les déroulements du drame qu'ils avaient conjointement déclenché.


Pour bien approfondir cette immense duperie, et pour que tous nos lecteurs comprennent que le "patriotisme", et la "défense du territoire" ne sont que des mots creux servant à couvrir les plus abominables tripotages.

Il convient de raconter l'histoire du bassin de Briey, car elle est caractéristique, symptomatique, et, à elle seule, devrait dégoûter à jamais les peuples de prendre les armes.


Les mines de fer de Briey-Thionville étaient à cheval sur les frontières du Luxembourg, de la France et de l'Allemagne. La famille franco-allemande de Wendel en était propriétaire.


Ce bassin était d'une importance capitale pour le déroulement de la guerre. M. Engerand, dans un discours prononcé à la Chambre des députés, après le conflit, le 31 janvier 1919 dira :

« En 1914 ; la seule région de Briey faisait 90 % de toute notre production de minerai de fer ».


Poincaré lui-même avait écrit autrefois : « L'occupation du bassin de Briey par les Allemands ne serait rien moins qu'un désastre puisqu'elle mettrait entre leurs mains d'incomparables richesses métallurgiques et minières dont l'utilité peut être immense pour celui des belligérants qui les détiendra ».


Or, il se passa un fait extraordinaire : dès le 6 août 1914, le bassin fut occupé par les Allemands sans aucune résistance.


Plus extraordinaire encore : le général de division chargé de la défense de cette région, le général Verraux, révéla par la suite que sa consigne (contenue dans une enveloppe fermée à ouvrir en cas de mobilisation), lui prescrivait formel­lement d'abandonner Briey sans combat.


La vérité, connue longtemps après, était la suivante : une entente avait été passée entre certains membres de l'état-major et des munitionnaires français, pour laisser le bassin aux mains des Allemands, afin que la guerre se prolonge (les Allemands n'auraient pu la poursuivre sans le minerai de fer), et que les bénéfices des marchands de canons soient accrus.


Et vive la légitime défense au nom de laquelle on s'étripait un peu partout sur les champs de bataille !


Mais cette histoire - combien édifiante ! - n'est pas terminée.


Pendant tout le conflit, il n'y eut pas une seule offensive française contre Briey ! Ce n'était pourtant pas faute d'avertissements !



En effet, en pleine guerre, le Directeur des Mines envoyait la note suivante au sénateur Bérenger :

« Si la région de Thionville (Briey) était occupée par nos troupes, l'Allemagne serait réduite aux quelques 7 millions de tonnes de minerais pauvres qu'elle tire de la Prusse et de divers autres Etats, toutes ses fabrications seraient arrêtées. Il semble donc qu'on puisse affirmer que l'occupation de la région de Thionville mettrait immédiatement fin à la guerre, parce qu'elle priverait l'Allemagne de la presque totalité du métal qui lui est nécessaire pour ses armements ».


L'état-major français et le Président de la République furent abondamment avertis de ces faits.


Des dossiers complets sur cette affaire furent même fournis à Poincaré par le député Engerand.


Poincaré refusa d'intervenir. L'Etat-Major refusa toute offensive du côté de Briey.


A défaut d'offensive, de reprise du terrain, on aurait pu bombarder Briey pour rendre inutilisables les installations.


Au contraire, des accords secrets furent passés entre états-majors allemands et français, afin que les trains remplis de minerai se dirigeant vers l'Allemagne ne fussent, en aucun cas bombardés.


En passant, disons que, bien entendu, ces mêmes états-majors avaient décidé également de ne pas détruire leurs quartiers généraux respectifs... Ces deux bandes de gangsters étaient "régulières" !


Des aviateurs français, néanmoins, désobéirent aux ordres reçus et lancèrent quelques bombes sur les installations de Briey. Ils furent sévèrement punis.


Et savez-vous par quel intermédiaire les directives secrètes d'interdiction de bombarder avaient été données ? Par un certain lieutenant Lejeune - tout puissant, quoique simple lieutenant - qui, dans le civil, avant la guerre, était ingénieur attaché aux mines de Jœuf et employé de M. de Wendel.


Pour conclure nous ne saurions mieux faire que de citer Jean Galtier-Boissière (Histoire de la Guerre 14-18) : «

Pour ne pas léser de très puissants intérêts privés, et pour éviter d'enfreindre les accords secrets conclus entre métallurgistes allemands et français, on a sacrifié, dans des entreprises militaires inefficaces, des centaines de milliers de vies humaines, sauf sur un point : Briey-Thionville, dont, durant quatre années, l'Allemagne en toute tranquillité a tiré les moyens de continuer la lutte ».


Mais la famille franco-allemande de Wendel faisait des bénéfices!




Cette histoire n'est qu'un exemple, parmi beaucoup, de la collusion des munitionnaires et des gouvernements des pays en guerre.


Vous connaissez peut-être l'aventure de ce navire intercepté, durant la guerre de 1914, par la flotte française, alors qu'il transportait du minerai de nickel en Allemagne. Le bateau fut pris, la Chambre des Députés consultée décida qu'il serait dévié sur le Danemark pour de là repartir, devinez où... en Allemagne, bien sûr !


Pendant ce temps des hommes sincères s'égorgeaient en croyant sauver leurs patries respectives, et des "chefs" entretenaient la flamme guerrière à grands coups d'exécutions pour l'exemple !
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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par dante le Mer 28 Avr - 23:11

Bien écoeurante cette histoire, mais guère étonnant ...

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par awala le Mer 28 Avr - 23:56

ce genre de faits ne m'étonne pas !
cette guerre a été une boucherie d'autant plus que les forces en présence étaient des puissances industrielles (le gaz moutarde ou ypérite, lance-flamme, etc...)
je pense que vous connaissez mais j'adore ces 2 oeuvres sur cette guerre :

- la guerre des tranchées BD de Tardy

- les sentiers de la gloire film de Kubrick de 1957 ou l'on voit la connerie de certains officiers français

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Re: Le fond de l'armoire (suite...)

Message par rgil le Ven 30 Avr - 9:58

Merci de partager cette histoire émouvante de la famille et ces belles montres.

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Je sais que je ne sais rien, mais cela, je ne sais pas comment je sais
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